Mardi 6 décembre 2011
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17:15
Avant de vous proposer mon texte, j'aimerais vous demander si
vous rencontrez des difficultés à entrer sur mon blog ou tout autre problème du genre. Si c'est le cas, pouvez-vous me le signaler ? Je vous en remercie d'avance.
LE CHEMIN DES MOTS
Il était une fois une petite fille qui ne trouvait jamais les mots pour dire ce
qu'elle ressentait. Chaque fois qu'elle tentait de s'exprimer, de traduire ce qui se passait à l'intérieur d'elle, elle éprouvait une sorte de vide. Les mots semblaient courir plus
vite que sa pensée. Ils avaient l'air de se bousculer dans sa bouche mais n'arrivaient pas à se mettre ensemble pour faire une phrase. Dans ces moments-là, elle devenait agressive,
violente, presque méchante. Et des phrases toutes faites, coupantes, cinglantes sortaient de sa bouche. Elles lui servaient uniquement à couper la relation qui aurait pu
commencer.
- De toute façon tu peux pas comprendre.
- Ca sert à rien de dire.
- C'est des bêtises de croire qu'il faut tout dire!
D'autres fois, elle préférait s'enfermer dans le silence, avec ce sentiment
douloureux Que de toute façon personne ne pouvait savoir ce qu'elle ressentait, qu'elle n'y arriverait jamais. Que les mots ne sont que des mots. Mais tout au fond d'elle-même,
elle était malheureuse, désespérée, vivant une véritable torture à chaque tentative de partage.
Un jour, elle entendit un poète qui disait à la radio que "Il y a chez
tout être humain un chemin des mots qu'il appartient à chacun de trouver." Et, dès le lendemain, la petite fille décida de partir sur le chemin des mots qui était à l'intérieur
d'elle.
La première fois où elle s'aventura sur le chemin des mots, elle ne vit
rien. Seulement des cailloux, des ronces, des branchages, des orties, et quelques fleurs piquantes. Les mots du chemin des mots semblaient se cacher, paraissaient la fuir. La
seconde fois où elle chemina sur le chemin des mots, le premier mot qu'elle vit sur la pente d'un talus fut le mot OSER. Quand elle s'approcha, ce mot osa lui parler.
Il dit d'une voix exténuée: "Veux-tu me pousser un peu plus haut sur le talus?" Elle lui répondit: "Je crois que je vais te prendre avec moi et que je vais t'emmener très loin dans ma
vie."
Une autre fois, elle découvrit que les mots
étaient comme des signes sur le bord de ce chemin et que chacun avaient une forme différente et un sens particulier. Le deuxième mot qu'elle rencontra fut le mot VIE.
Elle le ramassa, le mit contre son oreille. Tout d'abord, elle entendit rien. Mais en retenant sa respiration, elle perçut comme un petit chuchotement: "Je suis en toi, je suis en
toi" et plus bas encore: "Prend soin de moi." Mais là, elle ne fut pas très sure d'avoir bien entendu.
Un peu plus loin sur le chemin des mots, elle trouva un petit mot tout seul,
recroquevillé sur lui-même, tout frileux comme s'il avait froid. Il avait vraiment l'air malheureux ce mot-là. Elle le ramassa, le réchauffa un peu, l'approcha de son coeur et
entendit un grand silence. Elle le caressa et lui dit: "Comment tu t'appelles-toi?" Et le petit mot qu'elle avait ramassé lui dit d'une voix nouée: "Moi, je suis le mot
SEUL. Je suis vraiment tout seul. Je suis perdu, personne ne s'intéresse à moi, ni ne s'occupe de moi." Elle serra le petit mot contre elle, l'embrassa
doucement et poursuivit sa route.
Près d'un fossé sur le chemin des mots, elle vit un mot à genoux, les bras
tendus. Elle s'arrêta, le regarda et c'est le mot qui s'adressa à elle: "Je m'appelle TOI", lui dit-il. "Je suis un mot très ancien mais difficile à rencontrer car il
faut me différencier sans arrêt des autres." La petite fille le prit en disant: "J'ai envie de t'adopter, toi, tu seras un bon compagnon pour moi."
Sur le chemin des mots elle rencontra d'autres mots qu'elle laissa à leur
place. Elle chercha un mot tout joyeux, tout vivant. Un mot qui puisse scintiller dans la nuit de ses errances et de ses silences. Elle le trouva au creux d'une petite
clairière. Il était allongé de tout son long, paraissait détendu les yeux grands ouverts. Il avait l'air d'un mot tout à fait heureux d'être la. Elle s'approcha de lui, lui
sourit et dit: "C'est vraiment toi que je cherchait, je suis ravie de t'avoir trouvé. Veux-tu venir avec moi ?" Il répondit: "Bien sûr, moi aussi je t'attendais..." Ce mot qu'elle
avait trouvé était le mot VIVRA.
Quand elle rassembla tous les mots qu'elle avait recueillis sur le chemin des
mots, elle découvrit avec stupéfaction qu'ils pouvaient faire la phrase suivante: Ose ta vie, toi seule la vivras, elle répéta plus lentement: "Ose ta vie, toi seule la
vivras."
Depuis ce jour, la petite fille prit l'habitude d'aller se promener sur le chemin
des mots. Elle fit ainsi des découvertes étonnantes, et ceux qui la connaissent furent très surpris d'entendre tout ce que cette petite fille avait à l'intérieur d'elle. Ils furent
étonnés de toute la richesse qu'il y avait dans une petite fille très silencieuse.
Ainsi ce termine le conte de la petite fille qui ne trouvait jamais les mots pour
se dire.
JACQUES SALOME (contes à guérir, contes à grandir)
Source : petitemimine.centerblog.net
"Quand il y a le silence des mots, se réveille trop souvent la violence des maux". Jacques Salomé (Paroles à
guérir)
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